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 La rebouteuse de Champvieille par Hubert Maximy

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Pietra
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MessageSujet: La rebouteuse de Champvieille par Hubert Maximy   Dim 17 Avr - 17:54

Les histoires de sorcières et de jeteurs de sort, il en faut plus pour effrayer Jean Charzol. Vétéran des guerres napoléoniennes, il revient dans son pays du Haut-Velay et achète la forêt de Largnac malgré ce qu’on dit. Mal lui en prend, les calamités ne tardent pas à s’abattre sur lui, dont la pire est peut-être la belle Alice, fille de la rebouteuse que chacun dit sorcière.



Je viens de terminer ce livre, je l'ai dévoré en quelques heures. J'aime beaucoup les histoires de revenants, de sorcières et je ne suis pas déçue.

La période et le lieu s'y prêtent : l'Auvergne en 1793.

Un livre que je conseille aux passionnés de contes et légendes.

Voici un extrait :

Il atteignit enfin l'auberge du Coq-Rouge. Cogna au portail de la cour et attendit.
— Qui va là ? grogna une voix au bout d'un moment.
— Ouvre, Johannes, mes chevaux ont froid et moi aussi.
L'usage du patois, la voix vaguement familière et le prénom servirent de sésame. L'aubergiste déverrouilla sa porte.
Comme d'usage, on logea d'abord les chevaux.
Ils n'étaient pas nombreux dans la salle basse aux poutres enfumées. Deux jeunes d'une vingtaine d'années, en vêtement de travail, le regardèrent avec méfiance. Deux hommes plus vieux l'observèrent en coin. Les conversations s'étaient tues. On attendait qu'il parlât.
Jean crut voir les pères de ces hommes d'âge mûr qu'il reconnut. Il les salua.
— Adiu Paulet, adiu Fernand, commé vaï.
Les interpellés se donnèrent un coup de coude, comme pour se dire : « Je l'ai reconnu, pas toi ? » Le plus vif s'écria :
— Adiu Jeannot. T'arrives une nuit à loups, on dirait.
— Tu crois pas si bien dire.
L'arrivant posa son barda à ses pieds et saisit son trophée par une oreille pour le brandir.
Il y eut comme un flottement dans la pièce.
— T'as été attaqué, on dirait, constata le nommé Fernand.
— Ils étaient cinq. J'ai dû me défendre. Celui-là occis, les autres ont foutu le camp. On donne toujours des primes pour ces bestiaux ?
— Ouais, à la mairie.
— T'y passeras demain, décida l'aubergiste. En attendant, j'mets ça au frais dans le bûcher.
Il emporta la dépouille. Les autres méditaient l'événement. Jean n'en parlait plus. Malgré leur curiosité, ils ne revinrent pas sur le sujet.
— Alors, t'es toujours aux armées ? Te voilà en permission ? demanda Paulet.
Il se renseignait. C'était bien normal. Comment se fier aux gens si on ne sait rien d'eux ? Et on ne sait plus grand-chose d'un gars sans famille parti depuis vingt ans ou plus. Il leur répondit :
— Fini l'armée, la page est tournée. Adieu les guerres, et sans regret.
— Tu reviens au pays ?
Il hocha la tête. Ce ni oui ni non en disait long.
— Et tu vas faire quoi ?
Les jeunes regardaient de biais, curieux maintenant, un rien hostiles, par habitude, face à l'étranger, même si les vieux le connaissaient. Qui donc pouvait être cet homme de haute taille, large et osseux, au visage tanné et à la tignasse rude qui blanchissait aux tempes.
— Faut voir..., répondit Jean aux aînés. On n'est pas pressé... Le pays me manquait... Les sapins, peut-être...
Il ne poursuivit pas. Les autres hochèrent la tête. Ils savaient entendre entre les mots. Les arbres, oui... Dans le temps, juste avant son départ, il bûcheronnait bien, le Jeannot. À dix-sept ans, il vous descendait un pin d'un pied de diamètre en douze coups de cognée.
— Tu vas te louer ? demanda Fernand Ayel pour relancer la conversation.
Les jeunes examinèrent l'arrivant, s'étonnant que leurs aînés ne semblent pas remarquer sa redingote de drap épais et ses bottes de gros cuir, son chapeau à coiffe haute en poil de lapin : la tenue d'un monsieur, propriétaire ou artisan prospère, et non celle d'un tâcheron embauché pour abattre des arbres.
L'arrivant réfléchissait. Jeunes et moins jeunes voyaient bien qu'il pesait son futur propos.
— Je m'établirais bien par ici. À l'orée des bois.
« S'établir », un mot fort. Qui signifiait acheter une terre. Lors de son départ, le Jeannot n'avait ni argent ni espoir d'héritage. Il rapportait donc des sous en plus des chevaux dont il avait parlé avec Johannes. Tous avaient écouté, maquignonnant les bêtes sans les voir. Il y tenait, à ses deux percherons, le Jean Charzol, pour avoir demandé qu'on les installe au chaud près des vaches, sur de la paille propre, et qu'on ajoute du grain à leur foin. En forêt, deux chevaux puissants, attelés en tandem, vous débardaient un sapin de dix-sept toises, même dans les pentes.
— J'aimerais bien trouver quelque chose pas trop loin du bourg... vers Intranges ou La Chapelle-Geneste. Plus loin peut-être... Pourquoi pas du côté de Berbezit...
Pierre Paulet, qui portait son vin à ses lèvres, faillit s'étrangler. Il jeta sur Jeannot un regard horrifié, avant de plonger le nez dans son verre. En vrai gars du coin, le demi-solde pratiquait le non-dit aussi bien qu'un autre. Il comprit qu'il y avait un loup, comme on disait par ici. Il n'insista pas. C'était assez pour ce soir. Il avait appris plus qu'il n'espérait et en avait bien assez dit. Tout le monde allait maintenant méditer ces propos, les ruminer avec la sage patience des vaches, puis attendre que la situation évolue pour en dire un peu plus. Demain, tout le monde le guetterait au chef-lieu de canton. On viendrait lui parler, on lui offrirait à boire, pour qu'il raconte. Quoi ? S'ils l'avaient su, les villageois ne seraient pas si curieux ! Il eut un sourire rentré. Il dirait des vérités simples, sans cesser d'observer et d'entendre.
— Johannes, tu n'aurais pas du pain et un bout de fromage ?
— Mariette va te réchauffer une soupe avec une bonne cuillerée de saindoux. En attendant, tu boiras bien un canon. C'est ma tournée.
Ils trinquèrent. Les présents levèrent leurs verres, même les jeunes qui n'étaient pas nés quand il avait quitté le pays. Il y a des choses qui se font.
La porte s'ouvrit sur une femme portant une écuelle fumante.
— Adiu Mariette, s'exclama l'ex-capitaine, un rien nostalgique.
Il se souvenait d'une fille rieuse aux chairs drues. Il la retrouva dans la femme un peu ronde qui le servit.
— Adiu Jeannot, répondit-elle. Te voilà revenu.
À voir son sourire, ce constat lui faisait plaisir. L'arrivant en fut ragaillardi.

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Sarvane
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MessageSujet: Re: La rebouteuse de Champvieille par Hubert Maximy   Dim 17 Juil - 22:54

Coucou Pietra,

Je viens de le lire. J'ai bien aimé aussi. J'en ai fait une critique sur Livres à décrire :
http://lpsarvane.canalblog.com/archives/2011/07/17/21624419.html
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Pietra
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MessageSujet: Re: La rebouteuse de Champvieille par Hubert Maximy   Ven 5 Aoû - 19:13

Very Happy
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MessageSujet: Re: La rebouteuse de Champvieille par Hubert Maximy   Aujourd'hui à 10:55

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